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L’arrivée du mimosa
La culture du mimosa a pris son essor au début du XXème siècle, mais l’arrivée de cette plante exotique, en Europe, fut d’abord discrète. La première introduction date de 1611, dans les jardins du Cardinal Odoardo Farnèse, à Rome, sous la forme de graines importées de Saint-Domingue. Deux ans avant sa mort, en 1624, le cardinal en offrira un plant au Duc de Toscane. On le baptise indistinctement gigantina, cacie et farnesiana, puis Linné le nommera Mimosa indica farnesiana en souvenir de son importation d’Inde, croit-t-il, et pour souligner qu’il fleurit pour la première fois dans le fameux jardin de Farnèse. Cette espèce se fait surtout remarquer pour son délicieux parfum de mimosa et prendra une place de choix dans cette industrie. De nos jours il est présent également dans le secteur des cosmétiques mimosa.
Mimosa : son implantation en Europe
Deux mimosas ont été ramenés en Europe et décrits, au XVII ème siècle, mais sous la forme d’échantillons. Aussi, tout le monde s’accorde à attribuer le mérite de l’introduction du mimosa aux botanistes faisant partie de la première expédition de James Cook en 1766. Les premières graines furent semées dans les serres des prestigieux Royal Botanic Gardens de Kew, près de Londres, en 1780 ; il s’agissait d’Acacia verticillata. La colonisation de l’Australie à partir de 1788 favorisera l’envoi de graines fraîches pour la culture du mimosa dans les serres, et dans le même temps de nombreux échantillons seront expédiés pour enrichir les herbiers en vue de la description des mimosas.
Mimosa : son acclimatation sur la Côte d’Azur
La culture du mimosa doit indirectement beaucoup à Joséphine de Beauharnais. Pendant que son empereur de mari menait campagne en Egypte, elle se languissait de ses Antilles natales sous la douceur du climat de Hyères, dans le Var. Son magnifique jardin de la Malmaison, en région parisienne, était enrichi de nombreuses espèces exotiques, elle en fit régulièrement planter pour les acclimater à Hyères, à Toulon et à Nice ; ainsi fut fait des mimosas en 1804, on peut dater de cette période l’utilisation de cette espèce végétale comme arbre d’ornement au jardin, cultivé en pleine terre. Dans d’autres régions, les mimosas restent des plantes de serre, une cinquantaine d’espèces étaient maintenues en région parisienne, vers 1850, et à Angers, à la même époque, on s’essaie à la culture du mimosa. Une quinzaine d’années plus tard, l’horticulteur Paul Nabonnand cultive l’Acacia dealbata au château de Cannes la Bocca, il sera planté à la suite dans le massif de l’Estérel, et s’acclimatera si bien qu’il « s’échappera » dans tout le massif, au point de devenir envahissant.
Les premiers bouquets de mimosa
Le développement du mimosa des fleuristes sur la Côte d’Azur commence à la fin du XIX ème siècle. Dans le pays grassois, il bénéficie de la forte implantation de l’industrie des parfums, et à cette époque, tout le sud-est est maintenant parcouru par le chemin de fer. Ce mode de transport rapide a d’ailleurs révolutionné les productions de fruits, de légumes et de fleurs dans toute la France. De sorte que l’essor du mimosa pour la parfumerie et l’utilisation de cette espèce fleurie pour les bouquets de mimosa vont de pair dès l’origine. La culture du mimosa à grande échelle peut commencer, elle s’accompagne d’un travail de sélection permanent pour obtenir des variétés toujours plus fleuries et plus parfumées. A partir de 1880, le massif du Tanneron devient la terre d’élection de cette nouvelle culture de rapport, notamment dans les communes d’Auribeau et de Pégomas. Les plantations vont naître aussi à Théoules, la Napoule, Vallauris, La Bocca … Vers 1900, les grosses productions se déplacent vers Mandelieu et la Roquette sur Siagne, et le mimosa s’étend dans tous les sols acides des départements des Alpes-Maritimes et du Var.
Le forçage du mimosa
La culture du mimosa pour la fleur coupée a été propulsée par le forçage, la vente de mimosa allait en être transformée. Le forçage est un ensemble de techniques horticoles qui visent à orienter un végétal pour rompre son cycle naturel, pour « forcer » la nature, essentiellement pour provoquer la floraison. Chez le mimosa, le forçage fut découvert par hasard, deux belles histoires courent encore, personne ne sait avec certitude quelle est la bonne. La première indique qu’une certaine Madame Schneider aurait entreposé des rameaux boutonnés de mimosa dans sa buanderie. Le lendemain elle découvrit les boutons parfaitement épanouis. L’autre version nous parle d’un paysan qui aurait jeté un bouquet de mimosa dealbata sur un tas de fumier humide. Une variante parle du jardinier du Comte de Rothschild, au château de Cannes-la-Bocca. Le lendemain, il constata que les fleurs étaient ouvertes. Dans les deux cas, c’est la conjonction de la chaleur et de l’humidité qui est à la base du forçage du mimosa. Cette pratique mise à profit par les producteurs de mimosa allait faire progresser la production ; alliée au choix des variétés, elle permettait d’offrir du mimosa de décembre à mars. nitialement, le forçage se pratiquait dans des contenants comme des tonneaux, des lessiveuses, des cuves, fermés, contenant un fond d’eau et chauffés directement ou posés sur des tuyaux d’eau chaude. Par la suite, ce sont de véritables pièces, les forceries, qui seront dévolues à ce traitement par chaleur humide. On dispose les mimosas les pieds dans de l’eau tiède, dans un local chauffé à 25/30 °C, pendant 12, 24 ou 48 heures, en contrôlant l’épanouissement.
Mimosa sauvage et mimosa cultivé
La culture du mimosa est l’affaire d’un grand nombre de petits producteurs, souvent retirés dans leur ferme isolée, au milieu des plantations. Mais c’est aussi celle d’horticulteurs qui seront aussi les sélectionneurs de cette plante. C’est la grande période de Léo Brun, de Nabonnand, d’Armando, des familles Dental, Périssol, Caranta. Certains donneront leur nom à une variété remarquable, aujourd’hui encore on trouve du ‘Tournaire’, par exemple. Les récoltes se répartissent entre Acacia dealbata, le mimosa sauvage, qui pousse sans arrosage, et demande peu de soins, et Acacia floribunda cultivé dans des plantations irriguées, taillé, pincé. Le premier se reconnaît à ses feuilles fines et découpées, le second à ses « feuilles » allongées et étroites. De nos jours, c’est encore sous ces deux aspects que les consommateurs reconnaissent le mimosa proposé en bouquets, mais c’est Acacia retinodes (improprement appelé Acacia retinoïdes) qui a remplacé le second.


